
Luiz Eduardo Prado de Oliveira
« Je ne peux pas t’aimer dans ta
langue »
ou l’inquiétante
étrangeté de la femme[*]
Mystères et paradoxes de la femme étrangère, plus que
de l’étranger. Suprême étrangeté des femmes aux
yeux de l’homme, mais peut-être aussi entre
elles.
« Tiens-toi éloigné de la femme du
dehors,
De celle que l’on connaît pas dans sa
ville.
Ne la regarde pas comme si elle était supérieur
à ses pareilles,
Ne la connais pas
physiquement :
Elle est semblable à une eau très
profonde,
Dont on ne connaît pas les
remous. »
Cet extrait de la Sagesse d’Ani,
figurant parmi les
Enseignements au sujet des femmes[1]où la sagesse
déguise mal sa stupeur et son ignorance, est une des plus anciennes
réflexions sur la femme étrangère. Stupeur, en effet :
conseiller de se tenir éloigné car l’attirance est la
règle, enjoindre de ne pas la considérer comme supérieure,
alors qu’elle est déjà tenue comme telle.
La femme
étrangère enfante l’élu, est à l’origine
de la fondation des nations. Ruth de Moab, et Tamar de Kena’ân.
Leurs histoires sont parallèles. « Dans les deux cas il
s’agit d’une veuve, d’une renonciation à un
lévirat, d’une femme étrangère, d’une rencontre
passagère où la femme s’offre à l’homme de son
choix, et enfin d’un résultat vital pour la vie de la maison.
Elohim conduit les peuples et les rois, et c’est ainsi qu’il
prépare la naissance de son élu,
David »
[2]. Dans les deux
cas également il s’agit de la rencontre d’un homme
âgé et d’une jeune femme. Comme si la différence
d’âge venait inscrire et renforcer toutes les autres
différences, redoublement
d’étrangetés.
« ...la jeune Franque
regarda Nour avec des yeux où flambait l’or des tentations...elle
ne manquait pas de faire voir une partie considérable des dons
qu’elle possédait et des merveilleuses aptitudes qui étaient
en elle : car elle unissait la volupté des Grecques aux amoureuses
vertus des Egyptiennes, les mouvements lascifs des filles Arabes à la
chaleur des Ethiopiennes, la candeur effarouchée des Franques à la
science consommée des Indiennes, l’expérience des filles de
Circassie aux désirs passionnées des Nubiennes, le coquetterie des
femmes du Yamân à la violence musculaire des femmes de la
Haute-Egypte, l’exiguïté des organes des Chinoises à
l’ardeur des filles du Hedjza, et la vigueur des femmes de l’Irak
à la délicatesse des
Persanes[3] ».
Bien
plus qu’une sorte d’anthropologie érotique qui ne peut que
faire pâlir d’envie devant l’ampleur des connaissances du
poète, il s’agit ici de grâces de la femme
étrangère transformées en moyen privilégié de
connaissance du monde.
La femme et l’homme sont l’un pour
l’autre les médiateurs privilégiés de leurs rapports
au monde. Forte pensée de Karl Marx. Il est ainsi permis de conclure que
l’un pour l’autre réciproquement viennent à
représenter toute l’étrangeté du monde. En ce sens,
une réflexion sur le couple est une réflexion sur le devenir de
l’humanité.
Il est entendu possible d’affirmer que ce
n’est pas seulement la femme étrangère, mais que
l’homme l’est aussi pour la femme. Booz l’est pour Ruth,
Iehouda l’est pour Tamar, et peut-être ces Grecques, ces
Egyptiennes, ces filles arabes, ces Ethiopiennes, ces Franques, ces Indiennes,
ces Circassiennes, ces Nubiennes, ces femmes du Yamân et de la Haute-
Egypte , de Chine, du Hedjza, de l’Irak et de Perse, n’auraient pas
déployé autant de grâces et de charmes s’il ne
s’agissait pour elles d’un poète, étranger parmi les
étrangers ?
A l’origine des civilisations, la rencontre
d’étrangers, la formation de couples
d’étrangers. »...Le récit du mariage
d’Abraham et de Sarah fait état de l’union entre une tribu
araméenne patriarcale dirigée par un chef sacerdotal et une autre,
proto-arabe et matriarcale, menée par une
princesse-prêtresse
[4] ».
La
thèse selon laquelle un couple est formé par définition
d’éléments étrangers l’un à
l’autre, la différence des sexes clivant définitivement en
deux l’espèce humaine, doit obéir à quelques
remarques. D’abord Freud a nommé la bisexualité
foncière de l’être humain, érigeant ainsi en haut
postulat psychanalytique les légendes qui couraient le monde depuis au
moins Platon. Deuxièmement, Mélanie Klein a signalé que la
recherche compulsionnelle de partenaires étrangers cachait mal la force
des désirs incestueux. Finalement, il est possible de dire que
l’étrangeté de la femme et de l’homme à
l’intérieur du couple ne peut pas suffire à elle seule dans
le couple à établir la différence sexuelle. La clinique
montre souvent comment la dominance d’une culture sur une autre brouille
les différences sexuelles, au contraire. Le redoublement de
l’étrangeté peut aussi renvoyer chacun à son
narcissisme, intensifier en chacun une élaboration narcissique peu
résolue, renvoyer au soubassement narcissique de toute
homosexualité.
Impossible de discerner d’avance les positions
que l’étrangeté peut occuper entre les joies
d’improbables rencontres et le renvoi au narcissisme. Impossible de
connaître d’avance le point où les contraires se rejoindront.
Tel est le sens de la démarche de Freud dans
l’
Inquiétante
Etrangeté[5].
« Je
ne peux pas t’aimer dans ta langue »
Je la vois
encore traverser le couloir qui mène à mon cabinet. Sa figure, son
allure, sa démarche me rendaient songeur. Le collègue qui me
l’envoie m’a dit de Fatima qu’elle était
« psychotique ». J’ai oublié le reste de
l’exercice nosographique. Il me semble toujours si peu important. Fatima
est d’une élégance rieuse. Elle s’avance vers moi en
dodelinant la tête, regardant tantôt à droite, tantôt
à gauche. Elle fait de larges pas pour son corps menu et svelte. Quand
elle me tend la main et me regarde souriante, je pense à quelque
personnage de lutine ou farfadet, sortie d’un album ou dessin
animé. Elle s’adresse à moi en brésilien et je sais
qu’elle ne vient pas de ma région. Elle a l’accent gracieux
des pays du Nordeste. Elle s’enquiert de moi avec un tendre regard,
vraiment intéressé, et je sais qu’elle ne peut pas
être vraiment « folle », sinon elle ne pourrait pas
témoigner une telle sollicitude.
Je l’invite à
s’asseoir, à me raconter ce qui la fait venir. Son silence
douloureux, ses mains qui se tordent, ses larmes et ses sanglots me font quelque
peine, mais il est vrai que je ne fais pas un métier où l’on
vient me voir pour me raconter de bonnes nouvelles, du moins au premiers
entretiens.
Et puis, dès qu’elle commence à parler, je
sais que je me suis trompé encore une fois. Elle s’adresse à
moi dans un insupportable français et brésilien, dans ce
qu’il faut appeler du « frantugais ». Ces morceaux de
mots agglomérés, ces débris de phrases soudées les
unes aux autres par des spasmes de sanglots et de larmes ne permettent aucune
compréhension : il y a de la « folie ». Fatima
est envahie par quelque chose, elle est noyée par des flots d’une
telle force qu’elle ne peut pas les supporter et encore moins les
communiquer, elle est possédée par une telle violence que tout ce
qu’elle peut transmettre est l’irritation. Et plus ça dure,
plus je me sens effectivement irrité.
Quand j’estime
qu’elle a suffisamment pleuré, sangloté et tordu ses mains,
quand je ne supporte plus d’entendre cette espèce de
brésilien ou de français entièrement morcelé et
congloméré, je suggère avec une certaine force que
peut-être cela lui ferait du bien de me parler dans une seule langue.
J’ajoute : « Pourquoi ne me parlez-vous pas
brésilien, comme lorsque vous êtes
arrivée ? » Certainement je manifeste mon souhait
qu’elle ne soit pas « folle », qu’elle soit
comme je l’avais imaginée peu avant.
Elle entendra la
première partie de mon intervention, mais pas la deuxième. Elle ma
parlera brésilien, tout en sanglotant, en essuyant des larmes et en se
tordant les mains. Et elle se plaindra de sa belle-mère qui la
persécute, qui l’épie, qui détourne son courrier
grâce à son amitié ancienne avec le facteur, qui envoie des
filles aux cheveux longs la photographier chez elle, qui lui dérobe sa
carte de sécurité sociale, qui l’appelle au
téléphone et qui reste en silence, qui l’accuse
d’être « hors d’elle » alors qu’elle
est « en elle », qui ne voulait pas de ce mariage et qui
fait tout pour le détruire. Et encore mille autres plaintes pendant les
séances qui suivront. Fatima fait preuve d’une remarquable
capacité d’observation. Elle est attentive aux plus infimes
détails de la façon d’être de sa belle-mère
pour dépister des preuves supplémentaires de
persécution.
Le délire est un piège. Il n’est
pas « folie » elle-même, sa correspondance avec la
désorganisation psychique qui fait souffrir la personne est
problématique. Il est tentative de reconstruction de ce qui a
été détruit lors du choc entre les éléments
refoulants et ceux qui obéissent au retour du refoulé, il est
tentative de guérison. Croire au délire en tant que
« preuve » de la « folie » est la plus
banale erreur du travail psychiatrique +, le pain rassis mangé chaque
jour par les passionnés de nosographie. Je tombe dans ce piège que
me tend Fatima. J’écris « délire de
persécution ». J’aurai perdu quelques séances
avant de convoquer le mari de Fatima.
Eléments des théories des
couple. Les théories systémiques :
impasse sur le malentendu essentiel
L’approche systématique de la constitution et de la
dissolution des couples et des familles débute avec les travaux de
Bateson, Jackson, Haley et Weakland, en 1956. Elle se poursuit
l’année d’après, avec les travaux de Lidz, Cornelison,
Fleck et Terry. Elle continue une dizaine d’années plus tard, avec
les travaux de Ferreira, Bowen, Alanen, Rekola, Stewen, Takala, Tuvinen,
Mishler, Waxler, Spiegel et Wynne. Sans prétendre être exhaustive,
cette liste couvre l’essentiel des travaux qui vont apporter ses
principaux concepts à ce qui plus tard sera appelé théorie
systématique.
Ces travaux, par les titres des revues ou œuvres
où ils paraissent, se définissent comme appartenant aux champs des
recherches comportementalistes ou psychiatriques. Plus tard, la théorie
systématique ne pourra se définir en tant que telle que dans la
mesure où elle cherchera à constituer un champ discursif ayant
comme base l’interdisciplinarité entre ces deux champs, auxquels
viendront s’ajouter ceux de théories de la communication, et , dans
une mesure variable, ceux des théories psychanalytiques.
L’articulation entre les divers concepts issus de chacune de ces
disciplines à l’intérieur de la théorie
systématique est loin d’être faite et reste largement
problématique.
Le concept qui a immédiatement attiré
l’attention de tous a été celui de
contrainte paradoxale ou de
double lien. D’autres ont suivi : celui de
séisme conjugal, d’
obliquité conjugale, de
pseudo-mutualité ou
pseudo-hostilité, de
disqualification ou, plus largement, de
disconfirmation. Très tôt ils ont été appliquées à la
compréhension des troubles survenant dans les couples ou dans les
familles en tant qu’inducteurs de la pathologie d’un ou plusieurs
membres des ces groupes. Or, cette application laisse intact le problème
de savoir de tels groupes, le couple et la famille, indépendamment du
fait d’être pathologiques,
pourraient seulement exister sans
la mise en œuvre des modes de fonctionnement décrits par de tels
concepts.
Prenons trois théories qui cherchent à rendre
compte de l’existence et du mode de fonctionnement du couple. Je les
choisis pour leur caractère exemplaire, en tant que paradigmes des
diverses analyses qui nous sont proposées de ce thème. Il
s’agit des thèses de P.-L. Berger et H.
Kellner
[6], de J.
Lemaire
[7] et
D.Anzieu
[8][9]
P.-L. Berger : le couple, une conversation
à deux pour soutenir la réalité du monde
Pour les deux premiers de ces
auteurs
[10], « la
reconstitution du monde dans le mariage a lieu principalement au cours de la
conversation... ». « Le problème implicite de cette
conversation est d’harmoniser deux définitions individuelles de la
réalité. Par la logique même de la relation, on doit arriver
à une définition générale commune ; sinon, la
conversation deviendra impossible et,
ipso facto, la relation sera mise
en péril... » « Chaque partenaire apporte
continuellement ses conceptions de la réalité qui sont alors
« discutées », habituellement plusieurs fois
plutôt qu’une, et , dans ce processus, elles sont objectivées
par le procédé de la conversation. » (p.15)
La
démarche est la suivante : d’abord, établir la
conversation comme principal mouvement d’organisation de la
subjectivité individuelle et de construction de la
réalité ; ensuite, établir le mariage comme le lieu de
l’édification de l’existence dans le domaine privé.
Qu’il soit la plus instable de toutes les relations sociales possibles et
que , de toute façon, le projet de construction d’un univers commun
soit voué à être abandonné, puisqu’ impossible,
sont des reconnus et acceptés. Mais cela n’invalide pas
l’hypothèse que le « moi conjugal » et la
« conversation conjugale » sont les principaux facteurs
organisationnels de la vie privée ou intime. Nous pouvons
déjà voir les impasses dans lesquelles se trouve le couple si nous
confrontons ces thèses aux principaux concepts systématiques.
Pour l’instant, contentons-nous de formuler une question rendue
possible par les articulations de Berger et Kellner. Ils considèrent les
membres du couple moderne comme
étrangers par définition,
puisqu’en provenance de «
zones
conversationnelles » différentes. Mais qu se passe-t-il
lorsque cette étrangeté est doublée par celle de la
différence de langues ou de cultures ?
J. Lemaire : refoulement et retour du
refoulé
Les thèses de J. Lemaire quant au « moi
conjugal »
[11] sont
beaucoup plus nuancées. Il postule en effet une oscillation permanente
entre le « Je » et le « Nous », entre
lesquels pourra se trouver un « On ». Il fait entrer
d’autres coordonnées en jeu quand il remarque la fréquence
de réactions agressives lorsque la possibilité d’un plus
grand plaisir ou d’un dépassement de la satisfaction vers le
bonheur se profilent à l’horizon. C’est que le mode de
relation symbiotique ou fusionnel est en permanente opposition aux besoins
d’individualisation à l’intérieur de
l’oscillation indiquée auparavant.
Cet auteur bâtit
ailleurs, dans son livre « Le couple, sa vie, sa
mort »
[12],
véritable théorie d’ensemble du couple, dès le moment
du choix du partenaire jusqu’au-delà de la séparation. Sa
démarche, si riche et éclairante soit-elle, est tout
entière organisée autour du concept central et fondateur de
refoulement.
Ainsi, par exemple , le choix du partenaire en fonction de
«
caractéristiques telles qu’elles ne
réveilleront pas la pulsion et même qu’elle contribueront
à mieux la réprimer »(p.65-66). Ou bien en ce qui
concerne le début le début de la vie de couple,
où » le plus remarquable est
l’annulation,
l’exclusion par chaque partenaire de tout élément agressif
à l’égard de l’autre »,mouvement suivi
par l’idéalisation concomitante (p.160) et par la
«
tentative régressive » (p.165) qui
donnent lieu à « l’organisation des défenses
personnelles se construisant en grande partie grâce à la
répression des pulsions prégénitales » (p.167).
La conclusion sera que le couple «
distribue les rôles de
telle manière que chaque partenaire doit s’opposer au retour du
refoulé chez son conjoint »(p.241-242).
Ce qui va sans
dire—mais qui irait encore mieux en le disant, et très souvent
Freud est plus explicite que Lemaire—est que tout ce travail de
renforcement du refoulement ne saurait être conçu
sans
l’intensité du mouvement de retour du refoulé. Ainsi la
passion amoureuse qui mène au mariage (concédez-moi que celui-ci
est fonction de celle-là, pour ne pas tomber dans le cynisme ou
l’hypocrisie) est la conséquence d’une levée du
refoulement chez les deux membres du couple, et toute leur histoire par la suite
correspondra à un réaménagement réciproque de leur
défense et de leur refoulement en tant en considération le retour
du refoulé chez chacun d’eux. Le noyau de ce que nous appelons
« amour » est justement la levée de tout refoulement
et le débordement du moi par les pulsions
perverses
[13].
Ces thèses
ne sont pas différentes de celles de Lemaire. Simplement, il
privilégie le refoulement dans la constitution du couple, alors que
j’attribue davantage d’importance à la capacité de
chacun de ses membres de reconnaître et d’aménager le retour
du refoulé, d’accueillir et de laisser s’épanouir la
« toute-puissance de l’amour »et ses égarements
pervers.
Quoiqu’il en soit, nous comprenons que la contrainte
paradoxale ou le double lien travaille ici de toutes ses forces. Plus : le
projet et l’existence du couple seraient inconcevables sans
cela.
D. Anzieu et le travail de
désillusion
D. Anzieu
[14] également se pose la question des raisons de la vie en couple. Il en
envisage le spectre le plus large, depuis les fonctions pratiques de la vie
conjugale (assurance de relations sexuelles régulières,
reproduction de l’espèce, mettre en commun ressources et projets),
en passant par le heurt et la complémentarité entre ces deux
névroses, pour aboutir aux raisons proprement psychanalytiques. Celles-ci
se résument ainsi : »peur de la solitude, besoin
archaïque d’un étayage des fonctions psychiques sur un objet
primordial, nécessité de parer l’angoisse d’un retour
à l’état de détresse lors des frustrations, des
échecs, des stress de l’existence » (p.203).
La
possibilité de rencontrer un objet capable de satisfaire ces conditions
relève bien entendu d’une illusion, « à ajouter
à la liste établie par Freud et Winnicott des illusions
nécessaires à la vie psychique et à la condition
humaine » (idem), ajoutera Anzieu. Il établit un grand nombre
de traits caractéristiques propre à cette illusion, à
partir desquels il peut faire l’inventaire de ceux qui annoncent le
constat de désillusion. Ce sont les accusations :
« tu
n’es jamais là ; tu m’empêches de disposer de toi
à ma guise ; tu me fais perdre tout sens à la vie ; tu
ne supportes pas que j’ai besoin de toi ; je prends trop de
place ; tu ne me comprends pas ; tu ne sais pas me deviner ; tu
ne me parles pas de toi ; tu ne me parles pas de moi ; tu es
différent de moi ; tu as encore oublié ma fête, ou mon
anniversaire, ou la date de notre rencontre, ou le premier ceci ou le premier
cela, notre mariage » (p.204-205).Le lecteur avisé pourra
déduire de chacune de ces accusations quelle était
l’illusoire déclaration qui la précédait quand
l’autre était encore idéalisé.
Anzieu
s’étendra et déduira les destins possibles du couple une
fois le travail de désillusion installé.
Ce qui est dit
« pathologique » par la théorie systématique
est la norme de l’existence des couples
Je me contenterai de souligner que , pour chacune des théories
examinées, ce qui était postulé ou supposé
mode
de communication pathologique par la théorie systémique se
révèle être
la norme même de l’existence des
couples. En effet, comment imaginer un effort de construction d’un
univers commun ou de soutien d’une même illusion ou encore
d’oscillation entre le « Je » et le
« Nous » sans que la disqualification ou la disconfirmation
soient enjeu ?sans que pendant des périodes plus ou moins longues la
mutualité ou l’hostilité ne deviennent des
simulacres ?sans l’organisation de séismes ou
d’obliquités conjugaux, sans que la contrainte paradoxale ou double
lien ne devienne une forme radicale de communication ?
Faudrait-il
alors penser le couple d’une autre manière, et poser les conditions
minimales d’une
pensée érigée en couple, comme
le veulent Klossowski et
Deleuze ?
[15] Il est impossible
de le faire ici. Contentons-nous de dire que si nous ne sommes certes pas
condamnés à vivre en couple, nous sommes sans doute voués
au fantasme du couple et de famille pour la simple raison que
jusqu’à l’heure actuelle nous sommes issus nous-mêmes
d’un couple, et que nous devons élaborer sans cesse nos fantasmes
de scène primitive, ainsi que nos fantasmes oedipiens. Le couple et la
famille constituent encore le cadre le plus économique pour cette
élaboration.
En outre, dans que nous sortons de la position
narcissique, le premier pas vers une pensée sur
l’altérité de l’univers est une pensée sur la
différence des sexes et le passage du temps représenté par
la constitution des générations.
Nous reviendrons maintenant
à la question que nous posent les thèses de Berger et Kellner. Si
les membres du couple moderne sont par définition
étrangers, puisque provenant de « zones
conversationnelles » différentes, que passe-t-il lorsque cette
étrangeté se double d’une différence de langues et de
cultures ?
Pour ébaucher une réponse à cette
question, on pourrait superposer les théories relatives au bilinguisme
à celles relatives au couple. Rien ne semble avoir été
fait, ni du côté de la psychanalyse ni du côté de la
linguistique. J’ai essayé de souligner les questions portant sur
une problématique de la différenciation sexuelle à
l’intérieur du couple
mixte
[16] . P. Delaunay a pu essayer
d’élargir ces questions à celles relatives à la
naissance et à la mort
[17]. M.
Tran Van Khai a indiqué l’articulation possible entre
l’extrême intimité et la radicale altérité de
l’étranger
[18]. La
question demeure difficile et aucun aperçu de l’ensemble des
problèmes impliqués n’a été fourni, du moins
dans le champ qui nous intéresse
maintenant.
[19]
Un couple si différent
Fatima m’amène son mari comme si elle venait me montrer
sa bête domestique préférée. En l’occurrence,
un coq. En fait, il a le même cou élancé, le même
regard aigu qu’a le coq avant de chanter, la même tête
tournée tantôt vers la droite tantôt vers la gauche en de
rapides mouvements, reproduisant avec énergie le mouvement paresseux de
sa femme. Rien de commun entre lui et le coq altier qui annonce l’aube.
Non. Il est un petit coq d’un poulailler banal, régnant à
peine et de temps en temps sur sa seule poule, elle aussi très loin
d’être poule de luxe, malgré sa drôlerie.
Je leur
laisse choisir leur place dans le cabin,et avant de choisir la mienne et, comme
ils se mettent presque parallèle, je me mets en face d’eux. Je les
invite à parler. Fatima prend l’initiative. Il est vrai que son
« frantugais » me semble toujours fou, mais elle
réagit de bonne humeur à mon invitation de choisir une langue.
Elle parle donc en brésilien.
Elle me raconte comment son mari, lui
aussi, veut la rendre folle. Ne voilà-t-il pas que la semaine
dernière il a invité un ami d’enfance à
déjeuner avec eux ? Et qu’après le repas celui ci
s’est adressé à elle pour lui demander quand elle se
déciderait à prendre un amant, car il est évident que son
mari n’était pas « assez mâle » pour
elle ! Et que Claude, son mari, n’a rien fait, rien. Qu’il
n’a pas eu un brin de réaction. Que ç’a
été à elle d’inviter cet ami gênant à
sortir immédiatement de chez eux. Claude, lui, intervient mollement, se
voulant pacificateur, pour lui explique que c’était une blague, que
ce n’était pas sérieux. Fatima ne l’entend pas de
cette et lui interdit de la toucher. Après les avoir laissé faire
pendant un moment, j’arrête la séance. Je signale que nous
avons tous besoin de réfléchir et je leur fixe un nouveau
rendez-vous . Quant à moi, j’ai surtout besoin de me secouer la
tête.
Je n’entrerai pas dans les détails de cette
prise en charge d’un coulpe vivant sur la base d’un séisme
conjugal et d’une pseudo-hostilité, tant les plaintes mutuelles
étaient répétitives, tant les accusations étaient
monotones, sans que jamais une séparation de décide. Je donnerai
seulement quelques éléments de son histoire et le canevas des
problèmes où il se débattait.
Claude fait parti
d’une fratrie de cinq enfants, nés d’un père
français et d’une mère franco-italienne, elle-même
fille unique d’un italien et d’une française. Nous pouvons
nous faire une idée de l’intensité et de l’extension
des enjeux dans cette famille à l’aide de données : les
cinq enfants sont marié(es) à des étranger(ères), et
même une berichonne est considérée telle, puisque dans leur
définition une « Française » est une
« parisienne » ; après chaque mariage, le
nouveau couple fait un voyage rituel en Italie, pays du grand-père
maternel, comme pour lever l’interdit dont serait frappé ce
mariage. C’est dans ce contexte que Claude va chercher Fatima au
Brésil. Selon lui, si quelques-unes des plaintes et accusations de Fatima
contre ses beaux-parents et en particulier sa belle-mère sont
fondées, c’est largement compensé par l’accueil qui
lui a été fait en Italie.
La famille de Fatima ne semble pas
si complexe. Elle fait partie d’une fratrie de treize enfants, dix
garçons et trois filles qui ont toujours été très
protégées, chouchoutées, dorlotées par tous les
hommes et par la mère. C’est une famille traditionnelle de Bahia.
Le père régente la vie de ce groupe en véritable
patriarche. La famille s’entraide à la moindre difficulté.
Le départ de Fatima pour la France, quoique douloureux, correspond aussi
à la réalisation d’un rêve, Paris étant
traditionnellement très valorisée par des Brésiliens. Les
festivités du mariage ont duré une semaine. Très souvent
quelqu’un de la famille de Fatima vient séjourner à Paris.
La séparation de son entourage d’origine, douloureux ressentie du
point de vue de l’environnement ( une banlieue de Paris, même riche,
n’a pas un décor de cocotiers et de palmiers), l’est moins du
point de vue familial, la présence de membres de la famille et
l’organisation de conversations téléphoniques hebdomadaires
pouvant suppléer la distance.
En fait, le conflit avec la
belle-mère est vite remplacé avec un conflit plus direct avec le
mari. Fatima est prise dans un paradoxe qui lui est imposé par la
définition que Claude donne de leur couple. Il se résume de la
manière suivante : « Notre amour est parfait.
L’amour prend corps en nous et dans notre couple. Il est tout-puissant et
peut tout résoudre. Aucune effraction en provenance de
l’extérieur ou de l’intérieur ne peut le
détruire. Tu n’as pas le droit de dire ce que tu dis de ma
mère ou de mes amis, et encore moins de chercher de l’aide chez un
psychothérapeute, surtout si c’est un autre brésilien, qui
peut comprendre ta langue ».
A cette définition et au
paradoxe qu’elle implique, la réponse latente de Fatima, source de
ses conflits, est la suivante : « Pour cet amour dont tu parles
avec de si belles paroles, j’ai quitté mon pays et les miens, alors
que toi, tu es dans ton pays et auprès des tiens. Tu introduis ta
mère et tes amis dans notre couple. Les aimes-tu donc plus que moi ?
Si c’est le cas, alors laisse-moi chercher secours auprès
d’un autre Brésilien. »
La seule prescription qui
m’aurait paru sensée par rapport à ce couple aurait
été un déménagement. Libre à eux de choisir
s’il devait s’effectuer directement vers la maison des beaux-parents
ou parents, vers le pays du grand-père italien ou vers un endroit
quelconque entre France et Brésil. Cette prescription me semblant
problématique, j’ai choisi des interventions d’inspiration
plus résolument psychanalytiques, visant l’éclaircissement
des enjeux entre les deux partenaires et des messages qu’ils
échangeaient.
A un certain point, par inadvertance plutôt que
par mûre réflexion, comme c’est fréquemment le cas,
à la remarque souvent répétée par Fatima de tout ce
qu’elle avait abandonnée, j’ai ajouté qu’il me
semblait qu’elle luttait beaucoup pour ne pas abandonner sa langue, que
c’était peut-être cette lutte qui la faisait parler en
« frantugais » pour que je lui dise de choisir une
langue.
A partir de là j’aurai devant les yeux et dans les
oreilles un couple qui communique d’une manière particulière
au moins dans notre aire
culturelles
[20]. Elle lui parle en
brésilien, il lui parle en français. Je les laisse faire quelques
séances. Ils discutent d’une manière qui devient de plus en
plus exaspérée. Juste avant un point qui me semble très
proche de rupture, j’interviens pour leur demander s’ils sont
sûrs de bien se comprendre. « Bien sûr », me
répond Fatima. Claude, d’un léger mouvement de la
tête, confirme. Et Fatima poursuit : « Je comprends tout en
français, je ne suis pas française. Il me le reproche tout le
temps, d’ailleurs. Pourtant il m’aime parce que je suis
brésilienne. Mais, lui aussi, il pourrait parler brésilien.
Après tout je l’ai connu au Brésil, pas en
France ». Puis elle se lève de son fauteuil, comme pour bien
marquer l’importance de ce qu ‘elle va dire. »
Je
ne peux pas t’aimer dans ta langue , et tu ne peux pas m’aimer dans
la mienne . »
Il est impossible d’imaginer
l’existence d’un couple où chacun parlerait une langue
différente. Nous pouvons même nous dire que, d’un certain
point de vue, c’est cela qui se passe tout le temps. Il suffit
d’admettre que les femmes et les homme, de par la simple différence
des sexes, parlent des langues différentes.
Le paradoxe
supplémentaire pour ce couple, assez bien situé par Fatima
à deux niveaux, est que parler veut dire être, d’une part, et
d’autre part, investir la langue par la sexualité.
S’ils ne peuvent pas s’aimer dans leur langue, c’est
qu’ils ne peuvent pas s’aimer dans leur différences de sexes.
Effectivement, non seulement ce couple présente de fortes
difficultés d’identification sexuelle, mais une
problématique particulière de cette identification semble
être le lot de couples— comme
dire ?—« mixtes » ( comme si un couple, sauf
être homosexuel peut-être, pouvait ne pas être mixte). Si la
langue est la demeure de l’être, en niant la langue de
l’autre, chacun exposait son être à la détresse
originaire. Et pourtant s’ils étaient aimés, même si
ce ne fut qu’un court instant, dans la fascination de la musique de la
langue de l’autre.
Questions
Comment penser un couple sans penser le mélange de
langues
[21] ? Et comment
s’aventurer à parler sans être immédiatement pris dans
le paradoxe de la parole, qui cache alors qu’elle est censée
dévoiler et qui trompe alors qu’elle est censée
servir ? N’y a-t-il pas un « séisme »
entre la parole dite et ce qu’on « aurait voulu
dire » ? L’ « obliquité »
n’est-elle pas l’une des rares ressources dont nous disposions pour
pallier à ce « séisme ». Toute croyance dans
les vertus de la communication ne relève-t-elle pas de manœuvres
« pseudo-mutuelles » ou
« pseudo-hostiles » ? La parole n’a-t-elle pas
inscrite dans sa nature de « disqualifier » ce sur quoi
elle porte, et, en nous interdisant de décrire la mort, ne nous
« disconfirme »-t-elle pas dans notre plus secrète
intimité ?
Tous ces jeux entre parole et l’être
parlant sont bien exemplifiés par Schreber, dans ses
Mémoires
d’un Névropathe, lorsqu’il décrit ses rapports aux
« voix ». Elles lui imposent de parler sans cesse, ne
serait-ce qu’à soi-même ou en pensée, pour
témoigner de son existence. « Parle ou cesse
d’être », nous dit la parole, au moins dans certaines
théories déployées à son
sujet
[22].
La théorie
systématique, comme le signalait jadis Freud de la psychiatrie, semble
préjuger de la nature des troubles en employant pour les désigner
des caractères qui n’appartiennent pas à ces seuls troubles
et qui , à la lumière d’autres considérations, ne
sauraient être regardés comme leurs caractères
essentiels.
« Mais il importe au fond assez peu que nous
appelions d’une façon ou d’une
autre
[23] » des
modalités conversationnelles d’échange. La question
essentielle, à mon avis, est de savoir si les entités
« famille » ou « couple » ont encore des
raisons d’être et de survivre, ou si nous devons choisir entre la
banale anomie et la dangereuse « pensée
célibataire » décrite par Deleuze à partir
d’Artaud.
La simple possibilité de poser ces questions
indique l’horizon de la fin de la famille et de
couple
[24].
L’impossibilité d’aimer dans une langue
étrangère, dans la langue de l’étranger, dans
l’attention à son silence, annonce la cacophonie et le mutisme. Car
quelle langue ne nous est-elle pas étrangère ? Et qui ne nous
est-il pas étranger ?
[*] Paru dans
Recherches en psychanalyse, n° 4, L'Esprit du Temps, Paris, 2005, pp. 53-68.
[1] Schott (S.), : Les
Chants d’Amour de l’Egypte Ancienne ; L’Orient Ancien
Illustré, vol. 9 ; Librairie A. Maisonneuve, Paris, sans
date.
[2] Chouraqui (A.), :
La Bible, Desclée de Brouwer, 1985,p01334. Il est curieux de remarquer
ceci : alors que la judéité se transmet par les mères,
ce sont les femmes étrangères au judaïsme qui sont à
l’origine de ses plus puissantes
lignées.
[3] Les Milles
et Une Nuits : Trad. J.-C Mardrus, Robert Laffont, 1985 ;
p.274-275, vol.II.
[4] Graves
(R.) et Pataï (R.) :
Les Mythes hébreux, Fayard, Paris,
1987, p.170
[5] Freud (S), :
« L’innquiètante étrangeté »,
Essais de Psychanalyse Appliquée, Gallimard, Paris, 1971,
p.204-205
[6] Berger (P.-L) et
Kellner (H.), : « Le mariage et la construction de la
réalité ».
Un drôle de Je, le Moi conjugal.
Dialogue, n°102. Association française des centres de
consultation conjugale.
[7] Lemaire (J.), : « Du Je au nous, ou du Nous au Je ? Il
n’y a pas de sujet tout constitué ».
Idem. Et
aussi, plus amplement :
Le couple : sa vie, sa mort. La
structuration du couple humain. Payot, Paris,
1979.
[8] Anzieu
(D.), : » La scène de ménage ».
L’Amour de la haine. Nouvelle Revue de Psychanalyse , n°33,
Printemps 1986, Gallimard, Paris. Et aussi : « Le transfert
paradoxal. De la communication paradoxale à la réaction
thérapeutique négative ».
La Psyché. Nouvelle
Revue de Psychanalyse ,n°12,Gallimard, Paris,
1975.
[9] Bien entendu, à
lire ces auteurs, quelle que soit l’importance et
l’intérêt de leurs contributions, nous comprenons
qu’ils raisonnent comme si F. Engels n’avait jamais écrit
L’Origine de l’Etat, de la famille et de la
propriété
privée.
[10] Lemaire (J.), : « Du Je au nous, ou du Nous au Je ? Il
n’y a pas de sujet tout constitué ».
Idem. Et
aussi, plus amplement :
Le couple : sa vie, sa mort. La
structuration du couple humain. Payot, Paris, 1979.
[12] Lemaire (J.-G),
Le
couple, sa vie, sa mort. Paris, Payot, rééd.
1989.
[13] Christian David,
L’état amoureux : essais psychanalytiques, Paris,
19971, Payot,. Notamment p.160-161. L‘auteur s’appuie fortement sur
Freud.
[14] Anzieu
(D.), : » La scène de ménage ».
L’Amour de la haine. Nouvelle Revue de Psychanalyse , n°33,
Printemps 1986, Gallimard, Paris. Et aussi : « Le transfert
paradoxal. De la communication paradoxale à la réaction
thérapeutique négative ».
La Psyché. Nouvelle
Revue de Psychanalyse ,n°12,Gallimard, Paris,
1975.
[15] Deleuze (G.), :
Logique du Sens. Les éditions de Minuit, coll.10/18, Paris, 1969,
notamment p.303.
[16] Prado de
Oliveira : « Du fonctionnement psychique de
l’étranger ». Institut Universitaire de Science
Psychoogue-Sociales et Neurobiologiques, Cahier n°34, Ethnopsychannalyse
(t. II), Université de Médecine de Bobigny, 1984/1985 et
Dialogue n°113, 3éme trimestre
1991.
[17] Delaunay (P.), :
« L’Air du Temps ».
L’Etranger,
Crise-Représentation. Collectif Evènements Psychanalyse, 1984,
p.132.
[18] Tran Van Khai (M.),:
“Traduction terminée, traduction interminable: le maternel de
l’étranger “.
Psychanalyse à
l’Université,1984, 9,
35.
[19] Avec beaucoup de profit
seront lus les sociologues qui ont étudié le thème des
couples mixtes. Voir A. Barbara :
Mariage sans frontière. Ed.
Le Centurion, Paris, 1985. Aussi : M. Muller :
Couscous, pommes
frites. Ramsay, Paris,
1987.
[20] Plus tard j’ai
appris que la différence de langue entre hommes et femmes sont
très communes en Afrique noire et aussi au Japon. Luce Irigaray signale
que même chez nous les hommes et les femmes ne se servent pas de la
même batterie lexicale disponible. Malheureusement, j’ai perdu la
référence de ses
remarques.
[21] Benjamin
(W.), : « Die Aufgabe des
Übersetzers ».
Illuminationen Suhrkamp, Frankfort, 1977.
Pour Benjamin, la langue défaite après Babel sera
reconstituée à la fin des temps, comme résultat du travail
de mélange de langues auquel nous assistons déjà. Horizon
messianique.
[22] Prado de
Oliveira : »Les voix de la haine »,
L’ Amour
de la Haine, Nouvelle Revue de Psychanalyse , n° 33, printemps 1986,
Gallimard, p.185-200.
[23] Freud
(S.), :
Cinq Psychanalyse . P.U.F., Paris, 1975, p.
319.
[24] Si nous nous appuyons
sur le travail d’Engels précédemment mentionné, nous
comprendrons comment le développement du travail intérimaire ou
celui de l’amplification du marché locatif des biens divers peut
donner lieu à des modalités analogues de couples ou de familles.
Non plus des espaces conversationnels ou des échanges sexuels ou
affectifs mais des corps intérimaires, des affects en location.