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Luiz Eduardo Prado de Oliveira


De la torture, de l’exil et du génocide



Il y a certaines évidences qu’il convient de rappeler régulièrement et au sujet desquelles nous devons aiguiser de manière permanente notre réflexion. Dans son article intitulé « Un homme torturé » paru dans un volume de la Nouvelle Revue de Psychanalyse sur « L’amour de la haine », J.C Rolland souligne trois points : que la torture n’est pas un accident localisé mais un événement à caractère extensif, que des échanges inconscients et de macabres jeux érotiques sont présents dans la torture, et qu’il existe un rapport étroit entre torture et génocide[1]. Trois questions que je voudrais discuter à la lumière de ce constat de Virginia Woolf : «  Quand un sujet est hautement délicat, personne ne peut dire la vérité. Il ne nous reste que de montrer comment nous sommes venus à nos opinions, quelles qu’elles soient. »


1. Torture et violence sociale sont en continuité

A propos de la torture en Algérie, J.C Rolland nous rappelle ces mots de P. Vidal-Naquet : « La torture n’a été possible que parce que des hommes politiques ont manqué gravement à leur fonction de contrôle des institutions et ont installé un vide juridique qui, seul, a permis l’installation de pratique tortionnaires ». Ces mots me semblent dénoncer l’extension des pratiques tortionnaires bien au-delà des lieux où elles se cachent, et méritent d’être lus à la lumière latino-américaine[2].
Dans cette partie du monde, il est bien connu que le pouvoir économique et le pouvoir politique se confondent allègrement, réalisant de manière impudique des tendances qui ailleurs paraîtraient obscènes. Ainsi, en Amérique Latine, l’homme économique contrôle très directement les institutions politiques .Contrairement aux propos de Vidal-Naquet, la torture n’y trouve son origine dans un manque de contrôle es institutions, mais plutôt dans le projet très explicite de l’homme économique de contrôler les institutions politiques. Ce contrôle des institutions est ce qui permet le plus grand enrichissement, et à la plus grande vitesse, de l’homme économique. Les règles juridiques sont transformables au grès des puissances du moment. Le vide juridique est la règle,, plus ou moins fréquente, plus ou moins abyssale. La violence de la torture s’installe à l’ombre de la violence sociale généralisée. Devenu législateur, homme politique, soutenu par la légitimité des armes et chargé de réaliser les rêves les plus ambitieux de l’homme économique , faisant désormais partie des cercles intimes des nantis, c’est alors le militaire, bien plus que le simple policier, qui impose à un individu ou à un groupe d’individus, sous une forme qui apparaît alors exacerbée, ce que les puissants imposent à la société tout entière.
Au Brésil, l’esclavagisme n’a jamais été vraiment aboli, mais seulement suspendu pour un siècle. Il n’a jamais été comme aux Etats-Unis l’enjeu d’une guerre au moins partiellement rédemptrice, créatrice d’une nouvelle conscience sociale. La république a été d’emblée militaire, charriant avec elle les traditions d’humiliation et de torture du peuple noir. La dictature militaire au pouvoir pendant quinze ans, de 1964 à 1979, se plaisait à parler de la « grande famille brésilienne ». Aujourd’hui la dictature économique d’un petit nombre de famille perpétue ce cauchemar, tout en insistant pour le présenter comme un rêve. Aujourd’hui on parle de « nigérisation » du pays. Cinq millions d’enfants errent dans les rues. La démocratie se résume à des variations dans le degré de violence employé par des grands propriétaires pour préserver leurs intérêts.
L’installation des régimes tortionnaires n’a fait qu’établir un nouveau seuil de tolérance à la violence sociale. Il est possible de dire qu’aujourd’hui au Brésil la violence sociale généralisée est une généralisation de la torture, qui n’est plus simplement latente sur la scène sociale mais très manifeste : il y a bien plus de mort chaque jour à Rio qu’en Palestine et au Liban, et personne ne s’en émeut ni ne semble mesurer l’ampleur de la débâcle sociale.
A la campagne, d’anciens rituels reparaissent de manière sporadique, comme la crucifixion du bœuf avant son dépeçage. Des journaux montrent en première page la photo de corps démembrés, mutilés, décapités, morcelés, comme aucune presse obscène n’a encore osé le faire. Des enfants sont tués en pleine rue, et leurs meurtriers restent impunis. Le nombre de cadavres évidés qui servent à un macabre trafic international d’organes augmente. Le Brésil est devenu un des principaux exportateurs du monde, sinon le principal, de ce commerce qui n’ose pas dire son nom et pourrait être la quintessence même du commerce. Une guerre civile larvaire s’installe qui ne dit pas son nom, qui, n’étant pas identifié comme une guerre, s’exerce à explorer toutes les variantes et combinatoires possibles de l’abomination et de la barbarie. La pornographie tient lieu de politique.
Pour reprendre les termes de J.C Rolland, l’univers de la torture n’est pas seulement un microcosme où le pouvoir se donne l’illusion d’une réalité conforme à son désir : Amérique Latine, l’univers de la torture est aussi le laboratoire où le pouvoir prépare la société civile à conformer sa réalité au désir des puissants.


2. Lorsque l’imaginaire et la capacité de sublimation disparaissent...

S’il est vrai, comme l’écrit E. Gomez-Mango [3], que distordre et déformer les processus de production et de langage sont les objectif essentiels d’une politique répressive, on peut dire que c’est aussi dans la mesure où la politique tortionnaire est déjà, elle-même, l’aboutissement implacable d’une distorsion et d’une déformation de l’ensemble des processus de la vie sociale, le plus souvent réduits à des modes de survie.
Ce sont la télévision et la presse — au Brésil, la formidable machinerie de destruction de l’imaginaire d’un peuple et de ses capacités de sublimation qu’est la Globo et le Réseau Global, machinerie de torture mentale généralisée[4] — qui ont la charge particulière de distordre et de déformer pensée et langage. Le Réseau Global, pire que tous les moyens de communication sociaux autoritaires de l’ancien empire de l’Est européen en ceci qu’il masque son autoritarisme et son envahissement tortionnaire mental, allant jusqu’à stimuler ses propres concurrents pour maintenir l’illusion d’un système ouvert, cache sa nature la plus intime pourtant affichée dans le nom qu’il se donne.
Lorsque l’imaginaire et la capacité de sublimation disparaissent, le crime et la transgression s’instaurent comme lois. Se crée alors le silence des pères, et celui, tout aussi terrible, des mères[5]. Les enfants sont tués dans les rues et non plus dans les camps, la ville est concentrationnaire. Serait-il exagéré de dire que les enfants poussées pour aspirer dans les tuyaux d’échappement des voitures pour calmer leur faim et trouver un moment de repos sont, eux aussi, gazés ?
Au-delà des victimes directes, la société souffre dans son ensemble. Et les victimes ont été désignés ou se sont offertes parce que l’ensemble de la société se taisait. La torture généralisée provoque l’indifférence dans la mesure où c’est l’indifférence généralisée qui permet les régimes tortionnaires.


3. La pensée impossible et le deuil impossible

Les quelques groupes qui se sont érigés en forces d’opposition révolutionnaires aux régimes tortionnaires ont peut-être combattu ces régimes , mais ils n’ont jamais réussi à entamer l’indifférence générale . Formées d’éléments idéologiques disparates, ils s’inspiraient de la révolution russe, chinoise, cubaine, vietnamienne, des idéaux chrétiens aussi auxquels venaient s’ajouter des pincées psychanalytique issues de W. Reich ou de H. Marcuse. Leurs modes d’organisation et de compréhension de leurs pays étaient éloignés de ceux des peuples au nom desquels ils prétendaient parler. Ils se sont constitués en groupes fermés. Comme la société dans son ensemble souffrait d’une grand souffrance — et en souffre encore— les plus conscients et les plus sensibles ont été désignés ou se sont constitués, peu à peu, en héros et victimes expiatoires[6].
Si nous étudions l’histoire des révolutions, nous trouvons ceci de remarquable : chaque révolution a dû faire le deuil de celles qui l’ont précédée et qu’elle avait élues comme idéales. Chaque génération a dû abandonner les premières idées qui l’avaient éclairée pour s’en forger de très différentes. C’est ce qu’expriment ces paroles d’un enfant de révolutionnaire :  « La révolution est l’évolution du rêve ». Partout il en a été ainsi. Sauf en Amérique Latine. Aucun deuil n’y a jamais été fait. La violence qui infiltre tout empêche le travail du deuil et instaure de mélancolie permanent. Mélancolie du Blanc dont la haine porte sur le Noir et l’Indien, au-delà de la haine qu’il se voue à lui-même ; mélancolie du Noir dont la haine se concentre sur lui-même, au-delà de celle qu’il pourrait vouer au Blanc ; mélancolie de l’Indien, dans la stupeur de la destruction d’un univers et du génocide légalisé.
Aujourd’hui encore, aucune pensée n’ose proposer un éclaircissement de ce qui se passe dans l’ensemble du Brésil, ni encore moins dans l’ensemble de l’Amérique Latine. Jamais un projet social cohérent, d’ensemble, capable de mobiliser suffisamment de forces contre la folle avarice des puissants.
Car la mélancolie interdit l’évolution du rêve et instaure le royaume du cauchemar. Le deuil est en lui-même [7]une révolution : le travail du deuil est abandon du mort et création d’espace et de temps pour le travail du vivant.
En un sens, l’exil et la torture ont été le prix à payer pour notre incapacité de faire des deuils, de penser de manière neuve nos cultures et les relations entre nos peuples—aussi bien d’origine européenne que noire ou indienne, autochtone. En cela, il est de moins en moins évident que les modèles européens soient à préserver à tout prix comme modèles dominants. Car si l’exil et la torture ont été le prix à payer pour les luttes qu’ont pu mener les peuples d’Amérique Latine, comme le dit E. Gomez-Mango[8], il faut ajouter ceci : que c’étaient les luttes pour accéder aux conquêtes sociales des ancêtres européens. Des modèles de pensée empruntés, les peuples latino-américains auront à faire le deuil avant de réapprendre à lutter. Car sans penser à eux, même dans leur pays, ils restent des exilés. La destruction progressive de leur imaginaire et de leurs capacités créatrices est exil suprême, près duquel l’abandon du pays est bien peu de choses. Les penseurs latino-américains ont été incapables de donner à des millions de gens le désir de penser, l’impératif besoin de ne plus se taire. De cela aussi nous devons nous accuser, de là aussi est venu le scepticisme des exilés et des torturés.

4. Faire partie de l’univers et appartenir à l’espèce humaine : les deux narcissismes primaires

Freud a parlé du sentiment océanique, par ailleurs facilement repérable dans la clinique d’adolescents ou pré-adolescents, ms aussi dans celles d’adultes, lorsqu’ils se découvrent ou se souviennent de s’être découverts comme faisant partie de l’univers.

« De retour du jardin , mon enfant m’a pris la main et m’a montré la première étoile qui déchirait le bleu du ciel. Il me souriait, enchanté,. Je me suis souvenu moi-même d’avoir vu au lever du jour une étoile tenace, je m’étais alors confondu avec l’aube. Après, quand le jour a eu fini de se lever, j’étais un autre homme...Je me demandais si c’était ça que mon fils éprouvait... »

Mais à côté du sentiment d’être intégré à l’univers qui se rapproche du narcissisme primaire absolu dont parle parfois Freud, il en existe un autre qui peut se rapprocher de ce qu’il appelle le narcissisme primaire[9]. Il s’agit du sentiment d’être humain, d’appartenir à l’espèce humaine, d’être humain parmi les humains, de faire partie d’une histoire qui vient de la nuit des temps et durera jusqu’à la fin de notre capacité d’invention et d’imagination, maillon dans la chaîne des générations, voué à découvrir son propre temps pour enfanter et son propre temps pour vieillir, son propre temps pour se lamenter et son propre temps pour danser, son temps pour chuchoter et son temps pour crier.
L’exil blesse plus ou moins gravement le premier de ces narcissismes : les étoiles s’éteignent, les montagnes s’effondrent, le ciel sous lequel on a connu l’enthousiasme et l’émerveillement disparaît. Peu à peu, ce sera le long travail de découvrir d’autres étoiles, naguères invisibles, d’autres montagnes, aux noms jadis étranges, un autre rythme pour lever du jour et la tombée de la nuit.
La torture, elle, brise, l’autre narcissisme : les nôtres ne sont plus les nôtres et notre idéal n’est plus idéalisé. Les humains cessent d’être humains et nous obligent à reconnaître en nous d’épouvantable choses que nous n’aurions jamais voulu connaître. Nous devons reconnaître notre haine et notre déchéance dans le regard haineux de l’autre, comme nous devons apprendre à connaître sa déchéance à lui.

5. Quand le métier de psychanalyste devient malédiction

Si Freud pense la guerre et la psychanalyse en temps de guerre, Freud ne pense pas la terreur comme mode de sociabilité institutionnalisé. Il ne pense pas la psychanalyse en des temps de terreur[10] , ni dans les terribles termes employés par J.-B. Pontalis, où, «  de la salle de réanimation au crématorium »[11], le sujet passe aussi par les salles de torture.

Lorsque Freud explore le fantasma de battre l’enfant , il élabore ses formulations toujours en aval, là où les choses s’adoucissent, et jamais en amont, là où tourbillonnent les sources du meurtre d’enfant. Si le meurtre est le fantasme organisateur de la vie sociale, c’est pour Freud en tant que meurtre du père, et jamais en tant que pulsions meurtrière dont l’objet est indifférent, comme pour toutes les pulsions ; meurtre toujours conjugué d’abord à l’infinitif : tuer pour tuer[12].
Pour pouvoir penser ce qu’est tuer comme fantasme organisateur de la vie sociale, une séparation entre psychanalyse et politique est certes nécessaire, où l’articulation entre ces deux champs de pensée doit être chaque fois redéfinie, ms cette séparation a aussi un caractère régressif en ceci qu’elle néglige tout ce que l’on sait de leur radicale interdépendance[13].
Face à la terreur en Amérique Latine, comme citoyens, les psychanalystes ont été particulièrement complaisants. Incomparablement plus que religieux, des journalistes ou des avocats, par exemple. Le cas s’est même présenté d’un analystes tortionnaire, ms on peut dire à sa décharge (même si cela n’enlève rien à la responsabilité de l’institution qui l’accueillait en tant qu’analyste) que d’innombrables médecins participaient bien plus activement aux tortures que lui. Il reste vrai que les psychanalyste ont particulièrement bénéficié du développement économique sauvage qui a embrasé leur pays pendant un peu plus d’une dizaine d’années, et abouti à la situation catastrophique d’aujourd’hui.
Aujourd’hui il faut croire que la rigidification idéologique de certains courants de pensée psychanalytique dominants en Amérique Latine, tels le kleinisme et le lacanisme, est intimement liée à la terreur sociale généralisée. Complaisance politique et rigidification idéologique ont été le prix à payer pour la survie de la psychanalyse dans cette partie du monde[14]. Ismaïl Kadaré parle de la malédiction d’être écrivain sous certaines dictatures, c’est aussi une malédiction d’être psychanalyste en régime de terreur et de violence sociale[15]


6. Quand la réalité sert d’obstacle à la cure

En temps de terreur et de violence sociale, la réalité extérieure, bloc effrayant, fait irruption à tout moment sur la scène de la cure dont elle attaque et pulvérise le cadre, traumatise la nature spectrale. Impossible de différencier la terreur sociale des frayeurs archaïques du patient. Elle sert les résistances à la progression de la cure, comme l’écrit E. Gomez-Mango [16]en de remarquables réflexions sur la question du rapport entre la réalité et la séance psychanalytique.
Par exemple : l’intrusion des policiers dans les groupes lors d’une séance est banale. Banale l’infiltration des groupes analytiques par des policiers. Un groupe de séance analytique au rez-de-chaussée assiste impassible au viol d’une jeune fille dans la cour de l’immeuble. Une patiente affirme ne pas v régler ses séances, « elle vient d’être victime d’un vol à main armée dans le couloir qui mène chez l’analyste... » Un patient sort son revolver pour dévaliser l’analyste. L’analyste doit demander chaque semaine que le prix des séances soit réajusté. Même si rien de tout cela n’est jamais arrivé à un analyste en particulier, il sait très bien que cela peut survenir à tout moment. Et ainsi de suite.
Si la cure psychanalytique correspond à un long deuil, avec un temps socialement admis comme nécessaire, il est clair— je cite encore E. Gomez-Mango —qu’avec la terreur, « le deuil, en tant que processus essentiel du symbolisme culturel, est empêché, voire nié et désavoué par une distorsion perverse de la vie collective », et que « le foisonnement de la pulsion de mort s’oppose à l’accomplissement du deuil ».
Ce n’est pas seulement l’imaginaire et les capacités créatrices des peuples soumis au capitalisme sauvage qui sont détruits, c’est aussi leur capacité de se souvenir et de reconnaître leur histoire, même la plus immédiate, et d’établir des liens. A peine trois ans plus tard, rares étaient ceux au Brésil qui se souvenaient encore d’évènements qui pourtant avaient fait la une des journaux.
Dans la société à régime tortionnaire généralisé qu’est aujourd’hui devenu le Brésil, la participation de médecins, psychiatres et psychologues aux séances de torture apparaît comme préambule à la participation des chirurgiens, anesthésistes, cardiologues, hématologues, ophtalmologistes, laborantines, ingénieurs du froid, sans compter tous les manutentionnaires, au fonctionnement de l’industrie du prélèvement et de l’exportation clandestine d’organes, la torture sociale atteignant ainsi un nouveau seuil .
Serait-il possible de dire que les psychanalystes qui dans un tek contexte endure la malédiction de son exercice sans réflexion politique approfondie, qui ne s’exerce pas à un effort de pensée inlassable sur l’articulation entre la terreur sociale et sa pratique clinique, qu’un tel psychanalyste prélève des organes psychiques à son analysant, des organes qui auraient pu lui servir bien plus utilement à percevoir la réalité ?des organes psychiques qu’il aurait pu employer à lieux penser la réalité, et à la métaboliser selon ses possibilités ?

7. Aphasiques exilés

Après la torture, l’exil. Ceux qui s’échappent vont-ils en réchapper ? Ils arrivent en Europe, ms l’horreur est toujours là : en eux. Parfois, ils vont chez le psychanalyste. Comment panser l’horreur, retrouver la pensée ? Et avec quel langage ?
Sans doute E. Gomez-Mango a-t-il raison : »Le récit de l’exil est lui-même errance. La pensée qui pense l’exil est elle-même exilée ; il n’y a plus d’écart entre ce qui donne à penser et le penser lui-même »[17].
Une des affirmations mérite une délicate précision : analyste et patient, dit-il, sont amenés à une expérience difficile, car en essayant de penser l’horreur ils côtoient nécessairement l’horreur de la penser. Ms s’il est horrible de penser l’horreur, il est difficilement soutenable que ce soit horrible de penser, à moins de tourner le dos à l’avenir et de se préparer aux pires régressions. Au contraire : penser peut être compris comme jubilation suprême de l’existence, doit être ainsi compris sans doute.
Cependant ces remarques, tout comme celles de M. Vinar[18], ne valent que pour ceux qui ont les ressources de l’intuition, qui comprennent la différenciation des instances de l’appareil psychique et ne sont pas dans la confusion entre la pensée et le corps, pour ceux encore qui ont la ressource de comparer l’horreur où ils se trouvent à des souvenirs doux et secourables. Pour l’énorme majorité des torturés et des exilés, ces ressources sont absentes. Leur passé ne leur est d’aucun secours. L’énorme majorité des torturés et des exilés se taisent, comme ils se sont toujours tus dans l’Histoire. Ce mutisme effrayé, accumulé de génération en génération, cette masse de paroles suffoquées, pèse comme un lourd malaise dans notre civilisation, m’a fait remarquer cette amie.
La clinique montre que la parole de l’exilé est avant tout une parole aphasique, bégayante, évanescente. « Je peux lire, ms je ne peux pas parler...C’est comme si du fait de mettre ma bouche en mouvement pour parler, l’univers entier allait fondre sur moi. Cette langue, non, je ne peux pas parler. Et maintenant que j’ai perdu la mienne, plus aucune langue ne sera pleinement mienne » dit cette femme... « Ces mots sont comme des pierres », se plaint un patient de Marcelle Kanza-Razon[19].
Exilé la parole se désincarne. En ce sens, elle oblige à un retour salutaire aux premiers écrits de Freud sur l’aphasie. Dans l’aphasie, plus de correspondance entre les représentations-mots et les associations d’objets, ni entre les représentation-mots et les représentations-choses. Plus aucune correspondance, ni par déplacement, ni par condensation, ni par prise en considération de la figurabilité. La parole exilée, elle aussi, procède d’un univers où aucune liaison n’existe entre le mot parlé et le mot écrit, où les impressions sensorielles sont déracinées, où tous les éléments visuels, acoustiques, thermiques, sont déconnectés des mots, où tout le système de perception est ébranlé. L’expérience de l’exil ou de la torture est d’abord déréalisante, et ensuite affolante. Le poids écrasant du silence de ceux qui n’ont pas pu témoigner pèse sur la vie présente et lui donne son caractère fou.
L’exilé torturé, chez le psychanalyste, comment trouvera-t-il la capacité de penser ? de parler ?

8. Les échanges inconscients entre bourreau et victimes

Et nous, comment parlerons-nous des échanges inconscients entre le bourreau et sa victime ?
Folle est la relation entre le torturé et le tortionnaire. Entre eux se crée une zone d’échanges à haute tension. J. C Rolland a le courage de nommer les échanges inconscients entre le bourreau et la victime, de désigner la qualité érotique de ces échanges. La douleur de J. C Rolland , lorsqu’il dit cette parole, est évidente : il lui faut le dire vite, tout de suite[20].
Il poursuit son mouvement courageux et indique l ‘addition des sources d’excitation comme capable de créer le désir de la torture, le désir d’en finir, dont l’horizon est le désir de mort.
L’objectif de la torture est avant tout que la victime se compromettre avec le tortionnaire. L’idéal du tortionnaire, lui, est de mettre en route ce qui, dans la personne humaine, est disponible pour l’auto-torture telle qu’elle se présente dans divers tableaux cliniques, depuis les sentiments de culpabilité pour avoir été torturé jusqu’au suicide. L’idéal du bourreau est d’éveiller ce qui dans la personne humaine, sommeille en tant que victime sacrificielle désignée[21].
Si l’addition des sources d’excitation est capable de créer le désir de torture, ce désir garde le plus souvent une charge d’horreur capable d’en éloigner la victime. L’objectif de la torture est rarement atteint, car le compromis est très rare. L’idéal du tortionnaire, lui, se réalise plus souvent, puisqu’il est impossible de connaître la torture sans en garder des traces profondes et douloureuses, donc sans chercher à la reproduire pour en faire le deuil, ms cela ne se fera ni au rythme ni au moment où le voudrait le tortionnaire. L’idéal du bourreau—d’éveil de la victime sacrificielle—qui met en mouvement des forces inconscientes procédant de la masse, et non pas des individus, a plus de probabilités de s’accomplir, car pris dans cet inconscient de masse, par définition régressif, l’individu perd ses capacités les plus évoluées au profit d’autres plus élémentaires. Si bien que nous devons souscrire à l’évidente et effrayante constatation de Canetti, selon laquelle «  le bourreau est le plus satisfait des hommes »[22].

9. Casser la logique tortionnaire

Bien entendu, ces notions répugnent à la plupart de ceux qui sont passés par là, même les plus avertis. La notion qu’une victime, d’une manière ou d’une autre, par la force des choses, est présente à ce qui lui arrive, la considération qu’elle a pu se constituer elle-même victime vient redoubler et approfondir la blessure narcissique de l’exilé et du torturé. Comment admettre que lorsqu’on endosse son plus pur idéal, on devient son pire ennemi ? Comment le supporter ?
Et pourtant ! Celui-ci avait oublié sa veste avec un reçu de son tailleur portant son adresse, exactement là où il ne fallait pas. De retour chez lui, les policiers l’attendaient. Pourquoi cet oubli ? Pourquoi exactement là ? Pourquoi ensuite rentrer tout droit chez soi ? Celle-ci avait un mot de trop en réaction aux provocations des militaires : un mot qui les mettait au défi d’aller plus loin et de passer à l’acte. Elle disait qu’elle voulait connaître et faire connaître jusqu’où l’autre pouvait aller dans l’ignominie. Celle-ci avait enclenché le mauvais chargeur de sa mitraillette, celui où il n’y avait pas de balles : les policiers pouvaient riposter, puisqu’elle avait ainsi répondu à leur sommation...
Cependant de nombreux auteurs, comme A. Vasquez et G. Rodriguez, insistent aussi sur la possibilité qui existe de jouer de la marge d’imprévu qui se présente toujours, et ce, même après l’arrestation...Un prisonnier chante un air de samba, le geôlier tend l’oreille, entre dans la cellule, lui dit : «  Ms toi, tu es mon école de samba ! »,et, en sortant, laisse la porte entr’ouverte...Certains dialogues, certains gestes vont entraîner le geôlier et sa victime dans des aires imprévues, provoquer des situations qui n’appartiennent plus à la logique tortionnaire. Grains de sable dont beaucoup ont pu jouer, capables de gripper la machine tortionnaire.
J’ai eu l’occasion d’entendre de manière plus ou moins soutenue nombre d’exilés ayant connu la torture. De leurs récits comparés, des conclusions pouvaient être tirées sur les possibilités de résistances à la torture et de cassure de la logique tortionnaire. IL est important d’en parler, de les signaler, de les souligner, pour que les tortionnaires ne soient pas enfermés dans leur logique tortionnaire à l’intérieur des systèmes de terreur généralisée ; et surtout pour que les victimes ne soient plus enfermées dans leurs systèmes sacrificiels, dans la terreur paralysante du tortionnaire et de la situation de torture, ou dans leur culpabilité d’avoir osé se dresser contre la violence sociale généralisée.
Les conclusions qui s’imposent quant aux possibilités de résistance à la torture sont celles-ci : que la victime doit reconnaître le visage humain du bourreau, si effrayant et fascinant qu’il soit. Qu’il faut comprendre le caractère humain, trop humain, de la torture en tant que rituel. Que le doute doit s’insinuer en lui, le torturé, comme en nous, les êtres humains, quant à nos propres virtualités de tortionnaires, quant à nos propres capacités d’accomplir, en d’autres circonstances, en d’autres moments, le geste maintenant condamné.
Non pas que cette compréhension, ou de ce doute, puisse naître la moindre prétention du tortionnaire au pardon, encore moins à l’oubli. Simplement, le tortionnaire se verra ainsi reconnaître le droit de mourir en tant qu’être humain. Et nous saurons que c’est le tortionnaire que nous exorcisons en nous, que nous tuons en nous. Que se sont nos pulsions les plus mortifères que nous nous efforçons d’anéantir en nous. Ce n’est pas tant ce misérable qui a succombé à son rêve d’identification aux puissants que nous détruisons, c’est autre chose : peut-être nos rêves d’identification aux puissants.
« Le défi n’est plus lancé aux bourreaux, ms à nous-mêmes : car dans cette descente nous apprenons que la Bête ne se trouve pas à l’extérieur de l’homme ; alors, les yeux fixés dans ceux du bourreau, nous osons rire. »[23]
L’expérience montre que lorsque le visage humain du tortionnaire ou du bourreau est reconnu, lorsque la victime comprend que l’autre est humain, lorsque, ne s’aliénant plus de la situation de torture, elle comprend qu’elle fait partie intégrante du drame qui se joue, et ce , depuis le début, depuis son arrestation, et même bien avant son arrestation, lors du choix de son idéal et de son rêve, lors de sa décision de le mettre en œuvre, lors de l’éclosion de sa joie ou de son aveuglement— lorsque la victime s’interroge, à ce moment là, précis, le champ de haute tension entre les partenaires du rituel macabre atteint des intensités difficilement imaginables.
A ce moment là, tout se joue et se décide, dans des sens très variables, ms la torture prend fin.

10. Le caractère humain de la haine

Le champ de haute tension d’échanges inconscients et érotique atteint alors son point de fission dans les intenses décharges de la haine de la victime contre le tortionnaire. Haine manifeste, explosive, méprisante, dénonciatrice ; haine qui accuse l’être humain derrière le tortionnaire, et qui l’accuse en tant qu’humain, non en tant que rouage d’une machine— c’est pourquoi c’est aussi cette haine qui seule permet le pardon. Haine à travers laquelle l’être humain derrière la victime apparaît, dans sa splendeur éblouissante.
Des cas existent aussi où cette haine s’est manifesté bien avant la torture, dès l’arrestation, et curieusement la torture alors a pu être évitée ou atténuée.
Dans le moment de vérité qui accuse l’être humain derrière le tortionnaire, où tout se joue et se décide, tout prend fin.
Soit le tortionnaire se décide à devenir meurtrier. Soit il permet que la victime se suicide. Soit il ne peut simplement plus poursuivre la torture[24].
Dans tous les cas, en tant qu’être humains, ni la victime ne peuvent se soutenir de leurs positions réciproques.
Le tortionnaire a besoin que la victime soit vivante : dans le meurtre comme dans le suicide, elle échappe dans la mort. Ms le suicide reste une notion-limite, tantôt victoire, tantôt défaite. Car il peut être différé longtemps ; latent, véritablement bombe à retardement, il explose parfois des années plus tard, sans lien apparent avec les évènements. Précédé de manifestations pathologiques qui peuvent être très intenses. Ou peu spectaculaires. Les cas de comportements suicidaires qui durent des années avant de trouver leur issue sont nombreux .
Ce sont les cas où le tortionnaire ne devient pas meurtrier ni inducteur de suicide, mais révèle immédiatement son visage humain, qui sont les plus saisissants. Les anciennes victimes sont désormais respectées et acquièrent un statut spécial en prison, même si d’autres tortionnaires doivent venir relayer le premier, défaillant. La victime devient héroïque. Elle a perdu et reconquis la dimension humaine.

11. La reconnaissance est sœur du deuil

Il reste à affirmer que la reconnaissance du caractère humain de la torture et de la haine ne préjuge en rien de l’inauguration d’un travail de deuil, seul capable de réconcilier les humains, tant que les bourreaux et leurs chefs n’auront pas dû s’expliquer devant leurs victimes et la société civile.
Nous sommes loin du moment où les victimes cesseront d’être aliénées dans le souvenir de leurs souffrances, loin du moment où la justesse de leur haine sera reconnue comme essentielle à cette désaliénation, reconnaissance essentielle au travail de deuil. Nous sommes loin du moment où l’exilé torturé pourra regagner son pays avec sérénité. Où il pourra se reconnaître dans des concitoyens capables de reconnaître eux-mêmes leur propre étrangeté devant lui, l’exilé[25]1.
« De retour au pays, je devais faire une conférence, on m’a donné l’adresse. Arrivé sur place, j’ai été surpris et ému de voir que cette salle portait le nom d’un ami intime tué dans des conditions atroces par les militaires. J’ai voulu partagé mon émotion avec l’auditoire, j’ai remercié ceux qui m’invitaient de se souvenir de ce nom. Mais personne ne savait qui avait été mon ami, ni dans quelles circonstances il avait été tué. Cette émotion-là a été plus violente que la première :tout s’effondrait autour de moi, rien n’était reconnu. »
« Peu après notre retour, les militaires fêtaient la date ou ils avaient volé le pouvoir au peuple, où ils avaient écrasé la démocratie. Ils le faisaient avec discrétion, comme de juste, mais à l’école le professeur d’histoire a demandé aux enfants s’ils savaient à quoi correspondait cette date. Aucun élève ne savait, sauf mon fils, qui avait été élevé à l’étranger . Dans mon cœur et dans ma pensée, tout s’effondrait avec l’impossibilité de la reconnaissance : les nouvelles générations étaient prêtes à ne jamais rien connaître. »
L’exilé est devenu le dépositaire de la mémoire, et parfois de la langue. Mais comment sera-t-il accueilli à son retour, ce porteur de mémoire ? l’avenir est fils de deuil. De la manière dont on l’accueillera, s’il revient, dépendra l’avenir.


12. Le génocide et la connaissance interdite

Comment faire le deuil d’un deuil impossible à faire, rendu impossible par la force de l’oubli, par l’interdiction de se souvenir ? Comment arpenter les chemins de la reconnaissance, sœur du deuil, là où la connaissance est interdite ?
L’impossibilité du deuil est le bourgeon de la violence. Il faut donc reprendre et inverser la terrible formule de J. C Rolland qui dit que la torture est le début d’un génocide. Si la torture est le germe du génocide, à l’inverse, un génocide est toujours à chercher derrière la torture et la violence généralisée, un crime contre l’humanité dont personne ne tient à se souvenir, auquel l’Histoire ne tient pas à donner ce nom, dont le deuil ne peut pas se faire .
Les images dont nous disposons des hommes, des femmes et des enfants de certaines régions du Brésil ressemblent étrangement aux images des hommes, des femmes et des enfants dans les camps d’extermination Juifs sont morts. Mais pourquoi se restreindre au Brésil ? Les Anglais avaient installé des camps » camps de travail » en Amazonie bien avant la Première Guerre, et les images dont nous disposons de ces camps, elles aussi, ressemblent beaucoup à celles qui devaient venir mesurer le malheur ? Faut-il opposer des peuples élus à d’autres peuples élus ? Le meurtre de l’humanité se traduit toujours en blessures infligées à des individus.
Le crime commis contre le peuple juif est un crime contre l’humanité. Mais commis par qui, sinon par l’humanité elle-même ? Obéissant à quelles ligne de forces et de ruptures, à quelles histoires, à quelles désintégrations et regroupements ? A quel inexorable mouvement obéit l’humanité lorsqu’elle se divise de manière à commettre un crime contre elle-même ?
Pour le peuple juif, il y a eu une catastrophe. Le crime commis contre le peuple juif sera-t-il le noyau de vérité autour duquel l’humanité bâtira ses nouveaux mythes, comme me l’affirme cette amie ? Le peuple juif deviendrait alors exemplaire de tous les autres peuples contre qui des crimes ont été commis, contre qui des crimes sont encore commis.
Il est possible de soutenir la thèse de la naissance d’Israël à partir de l’existence des camps d’extermination. Il est sans doute vrai que l’humanité, prenant pleinement conscience de son crime contre soi-même, a redoublé d’énergie pour créer un lieu où ce crime peut devenir inoubliable. Mais ceux qui sont morts dans les camps, pensaient-ils vraiment à l’Etat d’Israël ? .
En Amérique, rien n’est resté. Des peuples entiers engloutis avec leur culture, leur mémoire, leur tradition. Anéantis. Sans fumée. Sans enterrement. » C’était la fin de la vie et le début de la survie », a dit ce chef indien.
Comment faire un deuil où la connaissance est interdite ? Le génocide des camps d’extermination a des précédents dans l’histoire, et s’il est vrai que le judéocide a des particularités effrayantes, tenant à la rationalisation parfaite des tâches à accomplir et à la chaîne grande industrielle des personnes impliquées dans la réalisation de ces tâches, il est non moins vrai que tout génocide a des particularités effrayantes qui lui sont absolument propres.
L’humanité est en situation de crime permanent contre soi-même, crime qui connaît des paradigmes : le judéocide et la bombe, l’anéantissement des peuples d’Amérique et l’esclavage des peuples africains, parmi d’autre. L’humanité est un deuil permanent, deuil maniaque presque toujours : répétition maniaque.
Généraliser à l’humanité le crime comme contre le peuple juif a un corollaire : de ces morts c’est toute l’humanité qui doit faire le deuil. Mais avant même d’avoir fini ce travail de deuil elle recommence à se diviser contre elle-même ; à commettre de nouveaux crimes contre elle-même.
Et si tout deuil se veut unique, même si tout deuil cherche à se perpétuer, de l’impossibilité du deuil aussi le deuil doit se faire. Comment faire le deuil d’un deuil qu’on ne peut pas faire, éternisé par la force de l’oubli ? La question a-t-elle déjà trouvé sa réponse lorsqu’elle se formule ?
La haine est longue à s’émietter, dit Jabès[26]. La douleur, elle, met un temps infini à s’éteindre.



[1] J.C.Rolland : « Un homme torturé », in L’amour de la haine, Nouvelle Revue de Psychanalyse n°33, printemps 1986, p.223-234. La lecture de J.-C Rolland, d’E. Gomez-Mango, de M. et M. Vinar cités plus loin, est hautement recommandée à qui veut s’intéresser de plus près aux thèmes abordés ici, ce texte étant issu d’une réunion de travail de l’Association psychanalytique de France en 1990.
[2] E. GOMEZ-MANGO : « La parole menacée »,Revue française de Psychanalyse , mai-juin 1987, p.899-914
[3] E. GOMEZ-MANGO : « La parole menacée »,Revue française de Psychanalyse , mai-juin 1987, p.899-914
[4] La Globo est la quatrième chaîne télévisée du monde, aussi bien par le territoire qu’elle couvre que par le chiffre d’affaires. Le Réseau Global, qui prend appui sur cette gigantesque pieuvre, détient le quasi monopole de la radio et de la presse au Brésil.
[5] W.Granoff : »Dans le silence des pères » in L’Esprit du temps n°5, Questions de judaïsme,1984
[6] Voir G.Rosolato : « Culpabilité et sacrifice » dans La relation d’inconnu, Paris, Gallimard, 1978, et Le Sacrifice, Paris, Presses Universitaires de France, 1987.
[7] E. Gomez-Mango : « L’exilé et son double », América Latina, Cahiers Confrontations n°5, printemps 1981, p.103-108.
[8] E. GOMEZ-MANGO : « La parole menacée »,Revue française de Psychanalyse , mai-juin 1987, p.899-914
[9] Ces deux concepts utilisées par Freud semblent négligés par la psychanalyse française actuelle, ms ils me sont utiles. J’appelle position narcissique primaire absolue le point où les pulsions de vis et les pulsions de mort se rencontrent et fusionnent. Et position narcissique primaire le point où les pulsions sexuelles et les pulsions d’auto-conservation se rencontrent pour commencer à former le moi. Même s’il s’agit d’une mythologie, elle aide à imaginer d’impossibles univers
[10] E. Gomez-Mango : « La parole menacée », op. cit. p.974
[11] J.-B .Pontalis : «  Une idée incurable », in L’idée de guérison, Nouvelle Revue de Psychanalyse n°17, printemps 1978, p.11
[12] Cf L. E. Prado de Oliveira, “Mots mangés avec amour” in Le Coq-Héron n°124, mars 1992, p.59-62
[13] Comparer « Question pour penser l’identité de l’analyste : en relation à sa pratique, à sa référence théorique, à son appartenance institutionnelle », in Géopsychanalyse, les souterrains de l’institution, Rencontre franco-latino-américaine, Confrontation, paris 1981, et «  la terreur : la place de la psychanalyse « , dans Exil et torture, de Maren et Marcelo Vinar, Paris, Denoël, 1990. La distance entre ces deux textes montre bien la richesse de réflexion redonnée par l’exil aux psychanalystes.
[14] Sauf rarissime et d’autant plus dignes exceptions, comme H. Pellegrino au Brésil ou M. Langer, en Amérique Espagnole, le groupe Débat en Argentine et le journal Gradiva au Brésil.
[15] Migjieni :Chronique d’une ville du Nord, précédé de « L’irruption de Migjieni dans la littérature albanaise », par I. Kadaré, Paris, Fayard, 1990
[16] E. Gomez-Mango : »La parole menacée », op. cit ., p.908, 909et 912
[17] E. Gomez-Mango : »Une parole exilée », Etre dans la solitude, Nouvelle Revue de Psychanalyse n°36, Automne 1987, p.205
[18] Marcelo Vinar : » Pedro ou la démolition » et « Un cri parmi des milliers », in Exil et torture op. cit.,p.19-56
[19] M. Kanza-Razon : «  Le travail de psychologue clinicienne au COMEDE », in Psychologues et Psychologies, décembre 1990 n°98
[20] J. C Rolland : „Un homme torturé: Tito de Alencar“, L’amour de la haine, Nouvelle revue de Psychanalyse ,op. cit., p.225
[21] encore est-il nécessaire de distinguer entre victime émissaire et victime rituelle, Cf. G. Rosolato, Le sacrifice, op. cit., p 79-80
[22] E. Canetti :Masse et puissance, Paris, Gallimard, 1966, p.350. Canetti étudie les religions monothéistes dans une perspective différente de celle de Rosolato. L’articulation des thèses de ces deux auteurs est riche de perspectives.
[23] M. srifi : »Et dans l’enfer debout nous oserons rire », Le Cheval de Troie, La littérature orale : Arabes, Juifs et Siciliens, Bordeaux, 1991n°4, p.101-110
[24] A. Vasquez et G. Rodriguez : « Bilande trois ans de recherche sur la torutre. Problèmes méthodologiques », in Répression, torture et exils, étude psychopathologique à propos des réfugiés d’Amérique Latine,L’information psychiatrique,vol. 59 n°1, janvier 1983, p.31-40
[25] A. Vasquez et G. Rodriguez, op. cit., p.30
[26] E. Jabès : Le Livre de l’hospitalité, Paris, Gallimard, 1991

 

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